Blandine Soulmana
| Les deux côtés de la médaille, le yin et le yang, le noir et le blanc, l’orient et l’occident, l’opulence et la misère, le bon et le mauvais, le négatif et le positif… il me semble que je n’étais jamais du bon côté où que je sois. Je suis la jumelle chétive, l’Arabe de par son père et l’Européenne de par sa mère. J’ai eu un prénom musulman puis chrétien. J’ai connu toutes les misères : affectives, intellectuelles, matérielles et spirituelles. Une partie de moi a voulu bâillonner l’autre. «Tourne la page. Oublie. Fais comme si c’était une autre vie que la tienne.» Elle n’a pas réussi. Celle qui est restée a enlevé le bâillon sur son cœur et tout raconté avec ses tripes. Elle ne se taira plus jamais et criera assez fort pour être entendue, même par les sourds. J’ai décidé de m’accepter globalement sans m’étiqueter ou me fragmenter. Je me suis donnée la permission d’abandonner le contrôle à la vie. Je n’ai plus besoin d’être sur la défensive, de me justifier, d’accuser ou de riposter. Les faits sont là, rien ni personne ne pourra rien y changer. Le seul contrôle qui me reste est ce que je ferai de ces restes. Si écrire son autobiographie est une forme d’exhibitionnisme intellectuel, je préfère fauter que de refuser de dénoncer et de garder un silence complice. Il faut parfois aller très loin pour que les choses avancent. J’ai accepté ce douloureux voyage dans le passé pour l’exorciser, m’en défaire comme la peau d’une mue, même si l’opération fragilise autant qu’elle libère. Se livrer, c’est se rendre vulnérable. Vulnérable aux critiques, destructrices mais c’est aussi se déprogrammer pour prendre le contrôle de sa vie et vivre des rapports égalitaires. Je me suis livrée entièrement, sans complaisance, pour nommer les choses afin qu’elles ne soient jamais oubliées. |
